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Transformer l’épreuve de la maladie en expérience résiliente

CONSEIL

Giacomo di Falco, psycho-oncologue

Par : Giacomo di Falco, psycho-oncologue

Publié il y a 3 mois

"L’annonce du diagnostic de cancer est une épreuve qui fait irruption dans la continuité de la vie. Mais comme toutes les épreuves, c’est aussi une “porte” possible vers une autre version de nous-mêmes : une version améliorée, renforcée, "grandie".

C’est en travaillant sur notre capacité à accepter une situation, même si elle nous semble dans un premier temps inacceptable, qu’il sera possible de “transformer” une épreuve en expérience résiliente. c’est-à-dire une épreuve qui nous enseigne quelque chose qui nous permet d’avancer dans la vie au lieu de nous plomber l’existence. 

Je repense à une patiente, Marie, qui m’a dit un jour lors d’une consultation, après plusieurs mois : “heureusement que cette maladie est venue dans ma vie”. Cela peut paraître incroyable, mais cette épreuve lui a appris à ne plus se laisser submerger par le temps, et à être pleinement disponible pour ceux qu’elle aime, ce qu’elle ne faisait pas avant.

L’épreuve peut aussi être un accès vers la compréhension de quelque chose d’important que nous mettons souvent de côté pendant une grande partie de notre vie. Et en cela, si nous envisageons possible d'accepter la réalité telle qu'elle est, nous y gagnerons en ressources et aussi en lucidité et en “présence”.

Certains de mes patients me disent par exemple après l’annonce qu’ils ont le sentiment de vivre désormais avec une "épée de Damoclès” au-dessus de la tête. Et aussi qu’ils déplorent le fait de ne pas pouvoir récupérer leur vie d’avant, de ne plus être “insouciants”.

Or il se trouve qu’il existe un levier puissant pour nous apaiser dans cette épreuve : comprendre que cette épée de Damoclès est une réalité qui nous concerne tous dès notre naissance, et qu’elle était en fait présente bien avant l’annonce. 

Comprendre et accepter cela, c’est balayer la peur, vivre sa vie et envisager que l’annonce n’a au fond rien changé sur ce plan à notre vie d’avant. L’insouciance est une illusion, et vouloir la retrouver est une vaine intention : nous ne sommes en réalité jamais insouciants. Les enfants aussi ont leurs drames, à leur échelle. Certains pleurent à chaudes larmes pour avoir perdu un jouet. Lorsqu’on a vingt ans, il existe aussi une foule de choses qui nous contrarient. C'est une fois que les épreuves sont loin derrière qu'elles nous semblent finalement plus surmontables qu’elles en avaient l’air.

Pour changer ses croyances toxiques en pensées vertueuses, c’est une question d’entraînement ! D’une certaine façon, nos pensées se nourrissent d’elles-mêmes, et plus nous sommes obsédés par une croyance toxique, comme “c’était mieux avant” par exemple, plus elle passe par notre cerveau et plus elle prend de l’ampleur dans notre vie.

Pour refaire régulièrement de la place dans ce brouhaha mental, il s’agit de se concentrer plusieurs fois par jour sur des choses sur lesquelles vous n’auriez pas pris le temps de vous focaliser d’habitude : ouvrez la fenêtre par exemple, et suivez le parcours d’un oiseau. Ou encore, prêtez attention à une fourmi qui grimpe le long du mur. Ou peut-être encore tout autre chose ! Il est préférable de focaliser son attention sur des événements à priori insignifiants plutôt que de continuer à mettre notre cerveau en surchauffe avec un flot de pensées toxiques."

Giacomo Di Falco

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